Texte n°83 : Découvrir le monde et faire disparaître les frontières

En correspondance avec le n°83 (p.284-285) du livre papier.

Texte en réponse à la question « art nOmad, ça sert à quoi ? ». Jean-Jacques Marquet avait fait un discours très touchant lors du vernissage du véhicule art nOmad en 2005 à Arnac-la-Poste.

« « En voilà une question qu’elle est bonne ! » aurait dit Coluche.
Et d’abord, pourquoi faudrait-il que ça serve à quelque chose ?
À quelqu’un ou à quelques-uns, passe encore, mais pas à quelque chose.

Mystère que tout cela !

Les artistes, de tout temps, ont été considérés comme des êtres à part, protégés comme des demi-dieux parfois, des sorciers, des druides ou des chamans, pourchassés aussi comme diaboliques ou insolubles dans le moule des dictatures (c’est curieux comme les artistes sont presque toujours les premières victimes des dictateurs, sans doute faut-il y voir un parallèle avec la liberté — voir ci-dessus…).

Nomade, l’homme l’est aussi par essence ; toute l’histoire de l’humanité le prouve qui a placé des Asiatiques dans l’Amérique profonde — les fameux « Indiens » — via le Détroit de Behring en provenance de l’Asie non moins profonde.
C’est ainsi aussi que l’homme blanc était noir avant d’être blanc, via le bassin méditerranéen.
Nomade et migrateur, l’homme n’a cessé de l’être et l’est encore, ô combien ; il n’est pas de frontière pour l’homme, comme pour l’art, d’ailleurs.
L’homme est sans attache et libre, lui aussi, s’il veut bien l’être, et Brassens a si bien su fustiger « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (tout en suppliant pourtant d’être enterré à Sète, sa ville natale).
Et c’est par le voyage que l’homme a appris, a progressé, a partagé son savoir avec les autres, a échangé.
Et c’est grâce à ça que l’homme existe encore depuis si longtemps, lui qui s’y entend pourtant pour inventer un tas de trucs qui lui pètent à la figure — dans le meilleur des cas — ou risquent de faire exploser la planète — dans le pire des cas !
Sans ce partage lié à son nomadisme, l’homme aurait disparu comme les dinosaures, et je suis, pour ma part, convaincu que l’homme ne court pas tant à sa perte à cause de la pollution (encore que…) qu’à cause de son besoin viscéral de monnayer son savoir.
L’homme est un animal trop faible pour se débrouiller seul ; c’est la solidarité et le partage qui l’a sauvé !
Et ce savoir à partager, comme l’art, exclut tout merchandising — en bon français dans le texte ! C’est l’acte gratuit qui fait la force de l’homme.
Alors, à quoi peut bien servir d’être nomade si ce n’est à découvrir le monde ?
Et à quoi servirait l’art si ce n’est à en exalter la beauté ?
À rien d’autre, mais c’est déjà beaucoup pour un rien !
Et qu’il est bon de savoir à quel point quelque chose d’aussi inutile nous est à ce point indispensable !

Merci, art nOmad, d’avoir su joindre l’inutile à l’agréable depuis plus de 10 ans maintenant ! »

JEAN-JACQUES MARQUET, directeur de la réglementation et des libertés publiques, préfecture de Limoges.

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